dimanche 8 janvier 2017

Parler est un signe d'Affection/Se taire un autre...Emily Dickinson

Nous en sommes à un point, ai-je commencé...
Oui, a soupiré Bosseigne.
Un point tel que parfois un peu d'espoir, par exemple ces narcisses sur le point de fleurir suffiraient presque à me faire sourire. Ou l'oiseau balancé par le vent. Ou le poisson bloqué sous les eaux gelées du bassin. De petits événements vrais.
Ce ne sont pas des narcisses, mais des jacinthes.
Elles vont embaumer la pièce.
Pas longtemps mais c'est vrai, on peut l'espérer. Leur floraison est imminente. Et dès qu'elles fleurissent, elels exhalent ce parfum que nous aimons.
Il y a heureusement d'autres choses vraies comme les tirets et les majuscules les poèmes d'Emily Dickinson.
Je ne comprends pas ce que tu...
L'espoir est dans le livre et résiste au temps. Tu ouvres un recueil d'Emily et hop, les tirets sont autant de petites flèches amoureuses qui te frappent au coeur. Et te donnent, te redonnent espoir parce que la poésie ne s'évanouit pas, même si le poète meurt.

Bosseigne a allumé des bougies devant la fenêtre. A soupiré. S'est retourné vers moi. Il a dit: j'ai ramené du café mexicain, du mezcal et deux ou trois gâteaux. Qu'est-ce que tu préfères?

Emily Dickinson.  William Blake.

Et comme il ne semblait ne pas comprendre, j'ai ajouté: une nappe blanche, du pain et un thé de marbre. De quoi aurions-nous besoin de plus?
Quelques tirets? Des majuscules?
Un Renard, certainement, pour mon amie Karla Olvera qui habite la ceinture rouge et or de Paris.
Et?
La Frange Dorée- et mouvante
des Arbres que j'aperçois -
depuis le Salon de douceur.

Nous avons ri.
Bosseigne est sorti, un air mystérieux sur le visage, conspirateur du dimanche, ai-je pensé, que va-t-il inventer?
Ecoute, a-t-il dit, non pas le Vent. Mais.
Parler est un signe d'Affection
Se taire un autre-
La plus haute forme de communication
N'est saisie de personne-


mais elle existe - et son authentification
Toute intérieure-
Regardez, disait l'Apôtre,
Alors que lui-même n'avait pas encore vu!

Et nous avons souri ensemble. À nouveau. 
 







lundi 2 janvier 2017

Il fallait bien réagir, intervint Bosseigne, frappant du poing sur la table.

C'est ainsi qu'il me réveilla.
Ou plutôt non.
C'est la toux.
Le point de côté de l'enfance.
La nuit trop longue.
L'arche enjambant le Bosphore et mon lit.
Qui me réveillèrent.

Mais Bosseigne a raison, il faut réagir, ne pas sombrer, ne pas pleurer.
Croire qu'un livre ne peut disparaître par la volonté d'un tyran.
Qu'il résiste à tout, que le feu même ne l'efface pas.
Et que celle qui l'a écrit (ou celui) peut être emprisonnée, mourir, s'étouffer dans son sommeil, le livre suit son chemin au matin comme au soir pour ses lecteurs.

Cette nuit j'avais les cheveux collés sur le front comme ceux d'Asli sur les images qui la montrent libre. Comme elle, j'étouffais entre les murs du bâtiment de pierre. Et pourtant les oiseaux m'ont rappelé que j'étais libre. Les orchidées sur la table devant la fenêtre se sont mises à soupirer à leur tour. Le soleil les chatouillait. Sans doute. Et la rose que nous avions cueillie après la gelée avait toujours son petit air fané et doux. Tout était à sa place. Le chien roulé en boule, les livres, l'hellébore, tout était là pour m'indiquer que le monde que je connaissais poursuivait sa route avec un peu de poussière supplémentaire, sans doute, mais rien de grave.
La poussière revient toujours. Comme les chiures de mouche sur les vitres.
Un rappel que la beauté a besoin de soin?
Et qu'il faut être en bonne santé pour l'entretenir chaque jour.
 

C'était donc ça, passer d'une nuit à l'autre, d'un jour à l'autre?
Jusqu'au jour où tout s'arrêtait.
Et là, le monde familier et un peu routinier disparaissait.
Plus de routes mentales à parcourir, inlassablement, à cause de la fièvre.
Labyrinthe sans issue.

En attendant, les livres étaient vivants, eux, et espéraient de leur lectrice qu'ils les ouvrent pour revenir à la vie. Pas besoin d'une santé de fer pour lire. Voilà ce qu'ils me disaient ce matin au réveil.

Il faut réagir, a redit Bosseigne, j'ai préparé un repas.
Alors, je me suis levée et l'ai suivie au salon.
Potage aux cèpes et riz cantonnais.
Et voilà de quoi manger.
On verra pour la suite.
2017 vient de commencer.
A-t-il conclu.
Je lui ai donné raison.




lundi 12 décembre 2016

Et toujours retourner dans le noir de la caverne/ o dor, o rio, à Lagar Velho

La forme des oreilles dessine l'ours.
C'est suffisant.
(Comme la vulve dessine la femme?)
La forme des bois dit le cerf (en rut).
 L'enfant montre du doigt son oreille
et, soulevant la fausse peau d'ours,
celle de sa grand-mère,
il dit lourd.
La flûte d'os entre ses doigts a disparu
dans le trou de terre.
Le gel a remplacé la neige cet hiver.

Les petits pas vont avec la fourrure et la neige.
Dedans la terre, on a mis l'enfant
et couché avec lui un lapin et des os
petites dents  deux biches deux cerfs
à ne pas oublier avant de mourir,
au Portugal à Lagar Velho.

Mais mon enfant est vivant, il montre
sa main, pointe son index
dans la paume:

encore une histoire.

A lua, o ceu, o rio, a dor.
La lune, le ciel, la rivière, la douleur.


La petite fille de Lagar Velho n’est pas dessinée
mais âgée de 29 000 ans dans une fosse elle attendait
qu’on la réveille
et fête son jeune âge
deux très petites canines de deux biches
deux très grandes canines de deux cerfs
sur la parure funéraire de la petite demoiselle
pourquoi quatre dents de quatre animaux
un squelette de lapin et des coquillages
personne ne sait vraiment expliquer ça
dans le livre que je lis on dit l’enfant
et je la vois petite fille immobile dormant
absente des murs de la caverne
mais présente
sous les dalles de pierre.

lundi 5 décembre 2016

Deux visages contre un troisième, la mort tourne les talons, un tableau entre au salon et Iphigénie-Antigone nous sauve !




Je me demandais bien comment tout ça finirait.
Parce que tout finit. Même les amours. 
Même une passion de collectionneur.
Bosseigne semblait s’être résigné à la perte de son fauteuil et moi, je tentais de poursuivre une existence inquiète à ses côtés et nos retrouvailles des matins et des soirs donnaient de l’épaisseur à nos vies.
Le café restait entre nous, mieux qu’une habitude, un réel plaisir.
Café du soir, café du matin.
Nos silences continuaient à peupler nos journées et nos conversations, nos nuits.
Mais j’avais souvent un petit pincement dans la poitrine. Cet état d’équilibre serait forcément un jour remis en question. Une rencontre, une déception, un accident du destin nous séparerait.
Une femme peut-être.
Jeune, souple et belle.
C’était dans l’ordre des choses.

Si nous avions pu jusqu’à présent loger nos douleurs personnelles dans la maison héritée de ma mère, chacun s’ingéniant à les rendre invisibles à l’autre, les plaçant d’abord dans l’espace commun, puis dans celui, plus intime de nos chambres et encore plus secrètement dans les tiroirs de nos bureaux, je savais qu’un rien pouvait lézarder nos forteresses fragiles et nous rendre vulnérables.
La maison nous deviendrait insupportable, à l’un comme à l’autre.
Bosseigne se rendrait compte de sa jeunesse et de la folie d’enterrer sa vie aux côtés d’une parente beaucoup plus âgée.
Et alors.
Tout finirait d’être.
Notre maison deviendrait une expression du passé, et à mon tour, je serais rejetée en arrière. Lui, Bosseigne, à grandes enjambées rejoindrait ses contemporains, riant au souvenir des années passées à rechercher un fauteuil disparu en compagnie d’une parente. Il irait, comme disent les gens, de l’avant, vers son destin, un futur qui ne serait plus conjugué avec le mien.

Tout avait commencé par un héritage.
Auquel ni lui ni moi n’avons su échapper.
Une maison, un fauteuil. Et j’ajouterais : une famille, même réduite à une seule personne, ma mère. Dont nous héritions conjointement. Puisque cousins germains.
Nous nous étions réjouis un peu vite. Mais dans notre solitude, ce geste nous rapprochait dans l’illusion contenue dans le mot famille.

Et voilà que.
Le téléphone à nouveau sonne.
C’est l’indicateur de la Suisse qui s’affiche.
41.
Non, merci je n’ai besoin de rien.

Je crois que si. Voix de Bosseigne.
En Suisse donc.
Je viens de découvrir quelque chose d’important.
Me dit Bosseigne au téléphone.
Il dit aussi qu’il va me rappeler.

Et je pense : ça y est.
Il va me dire que notre existence n’a plus lieu d’être.
Qu’il a trouvé un travail à Genève.
Qu’il s’installe en Suisse.
Et je sors dans le jardin doré et roux d’automne.
À toute vitesse j’envisage une nouvelle vie.
Sans lui.
Nous avons bien vécu sans ce foutu fauteuil.
On peut exister sans.
Sans Bosseigne ?

Je marchais en cercle.
Marcher en cercle dans les feuilles mortes me paraissant  la moins mauvaise manière.
Muloter aussi me revenait en mémoire.
Redevenir renarde, échapper à l’humain, au langage, à la douleur.
Broder des rennes et des bisons sur une vieille veste grise.
Brandir des morceaux épars de fauteuil à brûler.
Muloter, muloter et muloter encore.

La nuit tombe vite en novembre.
En Suisse aussi. Encore plus tôt.
Que fait Bosseigne ?
Pourquoi ne rappelle-t-il pas ?

À nouveau l’indicateur 41 s’affiche.
Bosseigne, sa voix joyeuse que je connais bien.
Trois visages, annonce-t-il, sur un seul tableau de dimensions inhabituelles.
Mais je suis arrivé à le mettre dans l’auto. Un tableau carré d’un mètre vingt sur un mètre vingt.
Tu vas être étonnée.



L’étonnement m’a toujours paru inespéré. Comme découvrir un trésor sous son oreiller. Une grotte ornée sous ses pieds.
Alors j’attends que Bosseigne éclaire le noir de la caverne où je me tiens depuis son premier appel.

Je sais même qui a peint ce tableau.
On a fait des recherches avec des amis et l’un d’eux, un poète, possède du même peintre un tableau plus petit et de même facture. Un garçon coupant en quartiers une pomme.
Tu m’écoutes ?
La Suisse n’est pas si lointaine, lui ai-je répondu.
En fait d’éloignement, ce tableau pourrait bien remplacer un fauteuil, et là, mon parent éclate de rire et transperce mes oreilles de mille aiguilles sonores.
Tu peux me le décrire ?
C’est une toile peinte à l’huile. Dans des tons un peu…
Oui ?
Je ne vois qu’un mot : balthusiens.
Non…
Une proximité dans les couleurs et les visages, les trois visages. Et puis il y a le poignard que tient le garçon, on le retrouve sur le tableau que possède mon ami poète et que j’ai vu chez lui. C’est extraordinaire.
Acheter un tableau n’a rien…
Si on l’achète à la nuit tombée, sur un marché place Riponne, pour 50 francs, oui, c’est extraordinaire. Mais c’est surtout la scène représentée. Nous y sommes !
Comment ? Bosseigne, je ne comprends rien. Calme-toi, parle moins vite. Nous, toi et moi ?
Oui, en quelque sorte. Je vais tout te raconter. Demain tu verras le tableau, je rentre avec lui.



Ainsi voilà le changement attendu, espéré, redouté parfois.
En lieu et place d’une séparation, en lieu et place d’une rivale, trois personnages sur un tableau vont entrer chez nous : dans la maison héritée de ma mère.
Bosseigne raconte vite, en quelques mots, un frère, une sœur, un père à l’arrière-plan et surtout ce poignard dont il parle et reparle. Trois visages qui se ressemblent.
Deux visages jeunes et un, plus âgé, en partie estompé. Les deux visages masculins de profil encadrent le visage féminin qui nous fait face.
Une peinture d’une grande simplicité et d’un grand raffinement. Comme à Chauvet ou Lascaux.
Les visages sont réduits à l’essentiel et très expressifs pourtant.
Bosseigne dit encore qu’il voit cette scène comme un sacrifice rituel. Le frère doit tuer sa sœur.
Redit qu’il s’agit de nous.


Des parents. Des proches et la mort qui entre doucement en scène.
Suspendue à la décision du père presque invisible mais présent.
Comme ta mère, conclut Bosseigne.
Mais le frère ne tuera pas sa sœur.
N’obéira pas aux ordres de mort. Iphigénie-Antigone en nous faisant face se sauve et nous avec elle, conclut mon parent.
Comme nous, bien vivants ensuite, dès que la mère laisse la place, reprend-il après un court silence.
Et Bosseigne rit dans le téléphone. Nous n’avons plus besoin de fauteuil !
Et je finis par rire aussi.



Mais où allons-nous le mettre, ai-je fini par demander.
Là où il a sa place, entre ta chambre et la mienne.
Dans le salon.
Entre nous.
Une fois de plus Bosseigne a le dernier mot.
Entre, nous.

Ainsi a commencé notre nouvelle existence.
Sans fauteuil maternel. 
Un tableau qui retrouve sa maison.
Une patrie fraternelle. C'est bien, non?

Oui, Bosseigne a raison.
Seul le rire, entre nous.
Et ces deux visages fraternels.
Sans père ni mère.
Vivants, simplement.






lundi 21 novembre 2016

Lettre de Tirana




Le lieu, toujours.
Une carte postale de Tirana.
Me rappelle que je ne suis pas allée à Tipasa, préférant rester avec des femmes algériennes qui me parlaient des années de plomb et des horreurs quotidiennes.
Aux beaux tapis et poteries, les mots m’avaient semblé plus précieux. Je ne sais pas si j’ai eu raison ou tort. Pourtant Camus me conduisait jusqu’à la mer quand j’habitais encore Marseille.
Et me demande là : pourquoi suis-je invisible dans ma ville natale ?
Tout ce que je sais de cette ville vient de si loin, ce doit être la raison de mon absence. Je n’ai pas hérité de la maison de ma grand-mère sur le cours Julien, ni de l’appartement de mon grand-père sur la Plaine. Mais de quoi hériter ? Tous deux étaient locataires.
On n’hérite pas des pauvres.

Je ne suis pas allée non plus à Tirana.
La carte postale de Tirana ressemble à une vue de la Costa Dorada, lumières, grandes tours, modernité. La carte est posée sur le bureau d’une adolescente. Née à Grenoble mais d’origine albanaise.
Je ne sais pas comment on passe de Tirana à Grenoble, de Grenoble à Tipasa. La force des noms de lieux traverse le temps. L’espace où nous habitons et dont nous rêvons laisse une empreinte durable et modèle nos existences.
J’ai tellement arpenté Marseille que ses rues pentues sont devenues des lignes à suivre de loin, celles qui ont la mer comme horizon. Rues que je retrouve à Lisbonne et Gênes. 
La mer comme horizon.
À Grenoble, ce sont les montagnes qui donnent l'orientation. Chartreuse, Bastille, et une autre encore. On a installé des tentes rouges et bleues sur l’herbe verte d’un parc. Tristes collines.
Dans le froid. Les doigts gelés, la mère et l’enfant dans ses bras. Nous les voyons en passant depuis le tram.

Samedi, j’ai récupéré deux livres, un de Dürrenmatt et l’autre de Bernard Comment. Deux écrivains suisses. Il y avait un marque-page dans un des deux livres, 27°salon d'Hermillon. Salle Durbet. L'action du Juge et son bourreau se passe entre Bienne et Berne. Ce qui m’a amusée, c’est ce nom, Durbet, presque identique au mien. Presque. Et la magnifique écriture, cinglante et maigre de Dürrenmatt. Son incompréhension ironique de ce que sont les francophones vaudois insiste sur la langue qui modèle notre espace intérieur.

Mercredi je verrai le Lac. De Genève, pas de Bienne. Le temps ne se récupère pas. L'espace nous revient, toujours.

Aller à l’est, pour revoir l’or des forêts.
L’or des pauvres, soleil d’hiver des arbres.
Dans les poches trouées, bribes et tessons.

Et l’amitié.

lundi 14 novembre 2016

Les Apaches occidentaux aiment répéter seuls les noms de lieux

On me dit tu me lis on nous lit on se lie

aux textes aux mots aux lieux on est liés

chez les Apaches occidentaux on parle les noms

ça veut dire on les a dans la bouche

on les mâchonne en les parlant

on les anônne

on les a

dans la grotte dans le trou

bien au chaud les noms

qu'est-ce que vous faites

je parle les noms

pourquoi faites-vous ça

en clôturant un champ

parce que comme ça je ne m'ennuie pas

parce que j'aime ça

parce que je ne suis pas

tout seul

comme ça

avec le chant des noms

de la pierre qui tremble au-dessous du peuplier

de l'eau qui ruisselle entre les pierres plates

je ne suis jamais seul avec les noms qui parlent

et je te dis depuis l'enfance à parler seule

voilà pourquoi Marseille

et point à la ligne




vendredi 11 novembre 2016

Poem to say/


Tu me dis  
(pour François)


Tu me dis
que je ne suis jamais la même
quand je
parle une langue ou une autre
que c’est toujours changeant
sans cesse d’accent et de voix

Tu me dis

parfois comme un enfant
s’essayant à parler étranger
tantôt sûr de soi et d’autres
incertain et hésitant
tantôt comme
si je n’étais pas moi-même

Je te dis
je ne sais pas toujours être
moi-même en une seule fois
en une seule personne
je ne sais pas si je te dis ça

toujours être moi-même
en une seule personne
plutôt parfois toutes à la fois
et d’autres l’une après l’autre
je ne sais pas toujours dire

Je te dis il n’est pas question
de folie mais de langues à tenir
bien ni en français ni en
portugais et encore moins
en anglais

parce que je ne sais ni
en tenir une ni plusieurs
seulement être là
je dis avec toi

Mértola, octobre 2016



Poem to say (to François)


You say to me
I’m never the same
when I
speak one tongue or another
and that everything changes,
all the time,
my voice and this accent
of mine

You tell me I’m
sometimes like a child
trying to talk
all foreign,
sure of myself
and then suddenly stumbling,
uncertain
as if it weren’t me speaking

I tell you
I don’t always know how to be
altogether myself
all at once
inside a single person
I haven’t even a clue
if I’m saying this
to you 

You tell me
to always be myself
inside a single person
sometimes all at once
and then take turns being others,
number one, then number two,
I don’t always know
how to speak to you

I tell you
this is not a case
of craziness
but of holding ones tongues
neither in French nor
in Portuguese, and less
in English if you please

Because I know not how
to hold one or all of these
only how to be there
I tell you
with you

Translated by my friend the poet Denis Hirson 





Dizes-me
que nunca sou a mesma
quando falo
numa língua ou noutra
que tudo muda a todo o tempo
a minha voz e o meu acento.

dizes-me

que sou às vezes como uma criança
a aprender a falar estrangeiro
tão segura de si como dos outros
incerta e hesitante
tanto como
se eu não fosse eu

digo-te.

eu ainda não sei ser
eu mesma numa única vez
numa só pessoa.
                                      
nem sei se te diga isto

sempre ser eu mesma
numa só pessoa
muitas vezes todas ao mesmo tempo
e outras, uma a seguir à outra

não sei mesmo como dizê-lo


digo-te, não é uma questão
de loucura, mas de línguas a            
incorporar.
bem, nem em francês
nem em português
e ainda menos
em inglês.

porque, eu não sei
ser uma, nem muitas.
somente sei estar lá
a dizer contigo.

Mértola, octobre 2016



--
elsa b.b.

Traduit par mon amie Elsa Bettencourt